Les trucs qui clochent avec le programme du PCQ et d'Eric Duhaime

Introduction

Normalement j'essaie de ne pas être trop partisan ici sur mon blogue, mais les problèmes que je vais décrire avec le programme du PCQ ne relèvent pas de différence de valeurs mais plutôt de données empiriques et de fondamentaux économiques alors ... je vais faire une exception.

Un programme à la Ronald Reagan (années 80)

Je n'utilise pas Reagan dans un paralogisme ad ominem par association. Non, j'utilise l'exemple de Reagan parce que celui-ci présentait des idées très similaires à celle d'Eric Duhaime et ça permet de baser mon texte sur des données empiriques. Reagan avait dit:
Dans la crise actuelle, le gouvernement n’est pas la solution à notre problème ; le gouvernement est le problème.
(référence Discours lors de son investiture en 1981)
Malheureusement, cela n'a pas fonctionné pour Reagan et ça ne fonctionnera pas pour le PCQ non plus. Particulièrement dans les circonstances actuelles de conflit avec nos voisins. Vous allez me dire : oui mais l'économie s'est quand même améliorée pendant le mandat de Reagan
Oui, parce que l'économie se serait amélioré de toute manière. Au début des années 80, l'économie s'était adaptée en bonne partie à la hausse monumentale du pétrole de 1973 et les remous de la fin de Bretton Wood s'étaient dissipés.
En plus, Reagan n'a pas vraiment appliqué son programme. Il avait promis de rétrécir le gouvernement et le nombre de fonctionnaires (si on prend tous les niveaux - fédéral, local, ...) n'a pas vraiment diminué de façon radicale.
Ce qui est pire cependant, c'est que le déficit, lui, a augmenté. De 2.5% du PIB en 1981, il a monté jusqu'à 5.9% pour finalement terminer à 2.7% du PIB. Ça peut sembler peu, mais n'oubliez pas que le chiffre est en pourcentage du PIB qui, lui, a augmenté.
Mais une chance que Reagan n'a pas vraiment suivi son programme car coupé radicalement dans les dépenses du gouvernement est loin d'être un tonique pour l'économie. Regardez le diagramme suivant. La courbe en rouge représente le solde budgétaire du gouvernement américain (revenus moins les dépenses). La courbe en vert, c'est la richesse financière nette du secteur privé (S - I). Regardez comment les déficits du public sont l'image miroir pratiquement parfaite des profits dans le privé.
On voit qu'historiquement, pendant la seule période récente (gouvernement Clinton je pense) où le gouvernement américain (courbe en rouge) a fait des surplus budgétaires (T - G > 0), le secteur privé (courbe en vert) lui était en "déficit" (S - I < 0). C'est la même chose pour tous les pays. On peut avoir une petite marge de manoeuvre si on a un surplus commercial. Mais c'est impossible mathématiquement pour tous les pays d'avoir un surplus. La Terre est un système fermé. Si quelqu'un fait un surplus, quelqu'un d'autre doit faire un déficit.
L'argent que le gouvernement dépense ne disparaît pas, il va au secteur privé (souvent dans vos poches en fait). Si on coupe les dépenses radicalement, l'argent doit venir d'ailleurs et ce ne sont pas les coupes d'impôt aux entreprises qui peuvent compenser (ça n'a jamais vraiment fonctionné ça non plus).
En plus, Eric Duhaime veut couper dans les subventions aux entreprises. C'est une recette pour un désastre.
Si les détails vous intéressent, vous pouvez aller voir mes autres publications sur le sujet (avec les références):
La chimère du budget fédéral équilibré (première partie)
et:
La chimère du budget fédéral équilibré (deuxième partie)

Le privé en santé

L'effet nuisible du privé sur notre système de santé est documenté en long et en large, et il faut être vraiment mal renseigné pour croire que plus d'implication du privé va améliorer les services. La meilleure analyse que j'ai trouvée des problèmes de notre système de santé, c'est celle d'Anne Plourde de l'IRIS.
On peut commencer par une entrevue en audio (balado).
Vous pouvez lire son livre Santé inc.
Pouvoir donner des exemples de cliniques privées qui fonctionnent bien ne prouve pas que plus de privé va améliorer le système. C'est un raisonnement qui ignore complètement les effets systémiques de la privatisation. Il faut vraiment être aveuglé par le mythe du privé, je pense, pour croire que d'augmenter sa part va améliorer les choses.
Pour plus de références vous pouvez aller voir cette autre publication:
Pour vraiment comprendre les problèmes du système de santé au Québec
Je vais terminer ce paragraphe par quelques commentaires généraux sur la question du privé et du public. Pour commencer, je voudrais mentionner qu'historiquement (sous Thatcher entre autres), la privatisation a entraîné :
  • une hausse des prix
  • une baisse de la qualité
  • un sous-investissement à long terme
Particulièrement dans les services traditionnellement exercés par le public. Souvent on transforme simplement un monopole public en monopole privé.
Souvent, même dans le meilleur des cas le privé part avec un désavantage intrinsèque qui vient de ce que les économistes appellent l’énigme de la prime de risque sur actions.
En gros, alors que les services publics sont normalement financés via la dette publique à bas taux d’intérêt, la privatisation remplace cela par du capital privé, qui exige une rentabilité très élevée à cause de la prime de risque.
Cela signifie que les entreprises privatisées doivent générer plus de profits que les services publics pour couvrir leurs coûts.
Donc, à moins que la privatisation parvienne à produire une forte compétition entre différents fournisseurs, la version privatisée du service ou de l'entreprise va coûter plus cher au client que le service fourni par le public.
Finalement dans le cas de services de santé, le privé a un gros problème d'assymétrie d'information.
Donc, plus de privé en santé n'est définitivement pas une bonne idée.

L'exploitation des gaz de schiste

Eric Duhaime a raison de dire qu'on a appris beaucoup de choses qui nous permettraient de mieux gérer les risques. Entre autres, on comprend mieux comment le sous-sol est structuré et où et à quelle profondeur se situent les nappes phréatiques. Cependant, même si on peut minimiser les risques, le problème est que si ceux-ci se matérialisent, les effets sont terribles pour la population des régions concernées et même parfois au-delà. Les études démontrent que les risques sont bien réel. Les risques viennent entre autre de l'existence de failles naturelles avant qu'on commence à creuser.
Si on était assis sur une mine d'or, ça vaudrait peut être la peine de prendre certains risques mais les calculs sur la rentabilité de l'exploitation ne donne pas des chiffres très convaincants même en actualisant certains paramètres des études faite dans la phase d'évaluation (2013).
Cette option, présentée comme une évidence, est loin d'être si évidente et demanderait de nouvelles études avant de se lancer dans l'exploitation commerciale. La probabilité est élevée pour que ces études viennent conclure que l'exploitation commerciale ne vaudrait pas la prise de risque.

Finalement

Il reste le troisième lien. Si vous voulez voter pour le PCQ pour le troisième lien je vous suggère fortement de réfléchir comme il faut. Pour les raisons que j'ai données plus haut, c'est un cadeau empoissonné.

Note sur la crise du pétrole en 1973

En 1973, le prix du pétrole est multiplié environ par quatre (donc 400% comparativement à 39% depuis la guerre de Trump avec l'Iran), tandis qu'il ne fait que doubler en 1979 et en plus le kilométrage par litre d'essence a presque doublé pour les voitures entre 1973 et 1982 en moyenne. On constate également une amélioration (plus modeste) pour le transport en camion, entre autres, avec des changements au niveau de la logistique (comment le transport est organisé). La façon de construire les maisons évolue également. Donc, après la crise de 1973, l'économie en général devient plus résistante face à la progression du prix du pétrole. La consommation d’énergie par unité de PIB diminue de 15% entre 1973 et 1985 en Amérique du Nord. Un autre aspect qui distingue le choc de 1973 c’est le fait qu'après le choc de 1979, le prix du pétrole retombe assez rapidement au niveau de la courbe de croissance à long terme alors qu'après le choc de 1973 le prix n'est jamais retombé sur la courbe de croissance à long terme.

Donc, la crise de 1973 était un choc épouvantable qu'on n'a jamais revu depuis. Dans les décennies qui ont suivi, les économistes se sont mis à délirer et les cicatrices sont encore visibles dans le courant dominant (Néoclassique).
Depuis, certaines universités enseignent les théories Postkeynésiennes et on peut avoir une assez bonne compréhension de l'économie si on étudie ce courant de la science économique.

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