Le PQ, l'indépendance et le dollar canadien (deuxième partie)


Dans une de mes publications précédentes je présente les caractéristiques d'une monnaie parallèle électronique (MPE). Je présente cet exemple parce qu'on sait aujourd'hui qu'une monnaie électronique peut fonctionner même sans le support d'une banque centrale (c'est la version radical d'une monnaie électronique). Il existe plusieurs exemples qui sont utilisés couramment par toute sorte d'intervenants. Un exemple bien connu de cette version de monnaie est celui du BitCoin. La monnaie électronique décrite dans ma publication est cependant d'un autre type moins radicale que le BitCoin car elle est endossé par un gouvernement et qu'elle possède un valeur "intrinsèque" puisqu'un citoyen peut payer une partie de ses impôts en utilisant cette monnaie. Pour cette raison, sa valeur est plus stable que celle d'une monnaie comme le BitCoin. La valeur du BitCoin est tellement instable qu'elle ne peut même pas servir d'unité de valeur ou de réserve de valeur. La MPE elle serait plus stable et elle serait géré par une institution que j'ai choisis de ne pas appeler "Banque Centrale" (BC) mais de parler plutôt de Banque du ministère des finances (BMF). Je mets "intrinsèque" entre parenthèses car une monnaie fiduciaire (électronique ou autre) ne possède pas vraiment de valeur intrinsèque comme des pièces d'or ou d'argent. J'utilise "intrinsèque" ici plus dans le sens d'un capital de confiance qu'une monnaie comme le Bitcoin ne possède pas.
Une autre différence entre la MPE et les autres monnaies électroniques, c'est que la BMF imprimerait éventuellement la MPE du Québec. L'expérience montre que l'existence d'une version papier d'une monnaie est très importante. La version papier permet entre autres d'affronter les pannes informatiques et d'utiliser la MPE dans un contexte où les moyens électroniques ne sont pas disponibles.
Il y a bien sûr un travail informatique assez important à compléter pour rendre la MPE viable, mais tout ça est faisable avec suffisamment de temps. Le temps est également nécessaire pour permettre à la confiance en la MPE de s'installer et aux habitudes de s'ajuster. C'est pour cette raison que je pense que la MPE devrait être mise en place avant l'indépendance.
Pourquoi esse que je parle de BMF plutôt que de banque centrale (BC) ?
La raison est que les banques centrale sont des institutions qui comportent un certains nombre de problèmes assez majeurs. L'expression "banque centrale" est donc très chargé.
Dans les grandes lignes, les problèmes avec une banque centrale typique sont les suivants:
  1. Un déficit démocratique
  2. Les banques centrales sont des institutions qui influencent fortement la vie économique (taux d’intérêt, inflation, emploi, crédit) mais qui ne sont pas dirigées par des personnes qui sont élues dans le cadre d'un processus démocratique.
  3. Une vision parfois trop technocratique
  4. La plupart des banques centrales ont une vision macroéconomique qui est parfois déconnectée de la réalité du terrain avec en plus une trop forte tendance à se fier à certains modèles ou théories dominantes comme le monétarisme et l'économie néoclassique qui ne font plus l'unanimité et qui ont même été critiqué de l'intérieur par des économistes comme Joseph Stiglitz ou Paul Krugman pour nommer les plus connues (et les plus orthodoxes). Un bon exemple de mauvaise décision qui découle du dogmatisme en vigueur chez les banquiers centraux, c'est la trop importante hausse des taux d'intérêts pour lutter contre l'inflation qui est apparue à la sortie de la COVID. Les hausses de taux d'intérêt prennent pas mal de temps pour faire effet, et en réalité l'inflation s'est mise à diminuer dès que les usines en Chine (et ailleurs en Asie) et les infrastructures portuaires ont recommencé à fonctionner. Joseph Stiglitz explique tout ça en détail dans cette présentation que j'avais déjà partagée.
  5. Une priorisation excessive de la lutte contre l’inflation
  6. Ce point-ci (qui est lié au précédent) peut varier un peu selon la banque centrale. Aux États-Unis, le mandat de la BC inclut la croissance économique et l'emphase sur l'inflation n'est pas le seul facteur. Cependant, même aux États-Unis, à part dans le cas de certaines crises, la tendance à donner trop d'importance au contrôle de l'inflation est quand même assez prédominante. Pour la BCE, le mandat officiel est le contrôle du niveau des prix et c'est la même chose au Canada.
L'indépendance des BC (premier point) vient du besoin de s'assurer qu'on n'abuse pas de la planche à billets pour des raisons électoralistes ou simplement par incompétence. Mais cette indépendance presque totale est un vestige et je pense qu'il serait tout à fait possible aujourd'hui, avec notre meilleure compréhension de l'économie (et notre meilleur suivi - statistique sur l'emploi, etc...) d'avoir une institution monétaire qui gèrerait la monnaie de façon moins dogmatique, en harmonie avec les politiques du gouvernement.
La création d'une nouvelle institution serait une bonne occasion de mettre à contribution des économistes qui appliquent des modèles économiques qui fonctionnent (des économistes post-keynésiens auraient ma préférence). Des modèles "stock-flow consistent" (SFC) qui tiennent mieux compte de la dynamique des institutions financières et de la monnaie. Les modèles orthodoxes néoclassiques/néo-keynésiens "Dynamic Stochastic General Equilibrium" (équilibre général dynamique et stochastique) ont bien été raccommodés (avec plus ou moins de succès) pour mieux tenir compte du secteur financier et de la monnaie, mais il y aurait des avantages à inclure un point de vue post-keynésien et des modèles SFC dans le cadre de la gestion d'une nouvelle institution qui gérerait une nouvelle monnaie. Le ministère des finances gagnerait également à intégrer le point de vue post-keynésien dans ses modélisations et ses prédictions. Un nombre grandissant d'universités inclut maintenant le point de vue post-keynésien dans leur programme.
Donc, la BMF n'aurait pas comme unique mandat de contrôler l'inflation. Son mandat inclurait le maintien de la croissance et du plein emploi Je n'inclurai pas de règle ridicule comme celle qui défend à la BCE d'acheter des obligations des pays membres. Règle d'autant plus ridicule que la BCE l'a contournée quand elle a mis en place son programme d'assouplissement quantitatif (QE). Je permettrais même à la BMF d'annuler une partie des obligations qu'elle achète (les "bruler"). Pendant que certains pays européens se creusent les méninges pour revenir à un déficit sous les 3% tel que spécifié dans les traités, la BCE détient une part importante de la dette de ces pays (autour de 25% de la dette de la France) qu'elle pourrait effacer au moins en partie sans causer aucun tort à des acteurs privés.
Les détails pour la gouvernance de la BMF restent à définir, mais c'est clair que les décisions en matière de gestion de la monnaie devraient tenir compte des ressources réelles disponibles dans l'économie, avec une vigilance particulière sur les éléments qui pourraient affecter le taux d'inflation. Les économistes de la MMT insiste d'ailleur énormément sur ce point. Mais le taux directeur ne serait pas le mécanisme privilégié. Le contrôle de l'inflation se ferait en collaboration avec le gouvernement en planifiant les investissements et le développement pour satisfaire les besoins de l'économie en main d'oeuvre et en matériaux (matières premières et transformées).
On doit compléter les projets qui sont importants pour la société, non pas en se demandant si on a l'argent, mais en vérifiant si les ressources (main d'oeuvre, matières premières, etc...) sont disponibles.
Pour un introduction très complète à l'économie post-keynesienne le livre de Marc Lavoie "Post Keynesian Economics - New Foundations" (qui a gagné le prix Johan Robinson) est très bon. Mais c'est un livre de deuxième cycle.
Pour une introduction plus facile à l'école post-keynésienne le petit livre de Marc Lavoie, Virginie Monvoisin et Jean-François Ponsot dans la collection La Découverte est excellent: L'économie post-Keynésienne

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