Le PQ, l'indépendance et la monnaie du Québec
Dans la version en ligne du livre de Jacques Parizeau Pour un Québec souverain on peut lire:
En rétrospective, qui des deux avaient vraiment raison ? Jacques Parizeau dans sa position initiale ou René Lévesque ?
Si vous voulez avoir plus de détails sur le sort de la Grèce et le comportement de bandits sadiques de la troïka (Banque Centrale Européenne, Commission Européenne et le FMI) je vous recommande le livre de Frédéric Farah L'Europe: La grande liquidation démocratique ou pour une vue fascinante de l'intérieur le livre de Yanis Varoufakis Conversations entre adultes.
Pour des pays qui possèdent leur propre monnaie (dans le sens de la MMT: monnais fiducière (avec taux de change flottant, etc...) celle-ci agit un peu comme une soupape de sûreté dans les échanges entre ces économies. Les dirigeants européens n'ont pas suffisamment tenu compte des aspects économiques propres à une union monétaire et du fait que l'Europe n'est pas nécessairement une zone monétaire optimale. Parmi les critères qui font qu'une région est une zone monétaire optimale, il y a la mobilité de la main-d' œuvre. C'est le genre de critères qui est typique de l'analyse économique néoclassique qui considère les êtres humains comme des abstractions pour lesquelles déménager et changer de pays ne pose pas de gros problèmes autres que la langue (la main-d' oeuvre est comme une espèce de fluide). À partir du moment où il y a une certaine standardisation pour la reconnaissance des compétences, déménager ne devrait pas être un problème si tout le monde parle la même langue. On abandonne notre famille et nos amis lorsqu'un choc asymétrique nous fait perdre notre emploi et on déménage dans un pays où l'impact du choc favorise notre type d'emploi. En pratique en Europe, on constate par contre que la main d'œuvre est peu mobile (voir ce rapport de la Commission européenne) et que ça prend des situations assez catastrophiques (comme en Grèce) pour obliger les gens à abandonner leur famille et leurs amis pour aller travailler dans un autre pays. Il est certain que le problème du grand nombre de langues très différentes en Europe jette un grand doute sur la possibilité pour celle-ci de devenir une zone monétaire optimale, mais il y a d'autres différences importantes entre les pays de l'Euro qui rendent la monnaie unique problématique comme le fait que certains pays (comme l'Allemagne) exportent massivement vers les pays en dehors de l'union comme la Chine.
On pourrais parler des critiques formulés par des économistes relativement
Malgré ses "qualités", le Canada n'est pas non plus une zone monétaire idéale et certainement pas une zone optimale. Les chocs économiques ont souvent des effets asymétriques pour les différentes provinces. Par exemple, une augmentation de la demande de pétrole de l'ouest par les États-Unis fait monter la valeur du dollar canadien et fait baisser la demande pour les biens produits dans d'autres provinces. D'ailleurs comme je l'ai déjà mentionné, l'Europe a le même genre de problème avec l'Allemagne qui exporte beaucoup à l'extérieur de l'union et qui fait monter la valeur de l'Euro faisant du même coup baisser la demande pour les produits exportables, mais parfois moins attractifs des autres membres de l'Union Européenne.
Cependant les analyses les plus intéressantes du rôle de la monnais et de l'importance de la souveraineté monnétaire viennent des économistes post-keynésiens et de la MMT (
Ou sous une autre forme:
Cette équation est une équation comptable et donc elle est vrai par définition. Les composantes sont:
Pour une raison mystérieuse plutôt que de présenté le solde des opérations courantes le graphique présente la courbe inverse (M - X) mais ce sont les deux autres courbes qui sont importantes visuellement (et qui sont pratiquement l'image mirroir l'une de l'autre). On voit entre autres la petite période pendant laquelle le déficit du gouvernement est passé autour de zéro. On voit également que, dans la même période, l'épargne net du secteur privé est passer dans le négatif. Donc, les dépenses du gouvernement représentent une bonne partie des revenus du secteur privé et ce de façon directe et indirecte.
Disons que pour simplifier, on raisonne à partir de l'équation et on remplace CAB par la balance commerciale (X - M) alors une façon pour l'épargne du secteur privé de ne pas tomber dans le négatif aurait pu être d'avoir un large excédent commercial. Mais l'excédent commercial (X - M) ne dépend pas seulement des qualités intrinsèques des produits et services produits au pays, il dépend également de la valeur relative des monnaies (la nôtre et celle du pays vers lequel on exporte). D'où l'importance d'avoir un certain contrôle sur la demande de notre monnaie (en contrôlant, entre autres, les taux d'intérêt). Si c'est un autre gouvernement qui contrôle notre monnaie, ça nous enlève un outil essentiel. Malheureusement notre planète étant une système fermé, tous les pays ne peuvent pas avoir un surplus de leur balance commercial.
Heureusement, il y a une autre composante de l'équation de la balance sectorielle qui peut ramener le privé dans le positif, c'est le solde budgétaire du gouvernement (déficit). L'apport important de la MMT c'est de montrer qu'un pays souverain monétairement n'est pas limité dans ses dépenses par les impôts et les taxes perçus, mais par les ressources réelles disponibles dans l'économie. Un pays qui contrôle sa monnaie peut mettre en place tous les programmes pour lesquels le financement peut se faire principalement en monnaie nationale et pour lesquels les ressources sont disponibles. Si le gouvernement dépense intelligemment il n'y a pas de gros risque d'inflation.
La grosse différence entre la MMT et les Postkeynésiens sur cette question de la monnaie se trouve au niveau de la collaboration entre la banque centrale et le gouvernement. Mais c'est une question qui peut se régler en définissant clairement les responsabilités de la banque centrale dès sa fondation.
Rappel: pour mon argument je me suis concentrer sur l'équation de la balance sectoriel avec X - M qui serait la courbe inverse et négative de ce qu'on vois sur le graphique (M - X). La partie visuelle vraiment importante du graphique elle, utilise les bonnes valeurs: (S - I) et (T - G).
Stephanie Kelton: The big myth of government deficit (TED talk)
Vous pouvez lire son livre également: Le Mythe du Déficit
Pour une vidéo en français sur la MMT il y a celle-ci MMT France
Pour une introduction assez facile d'approche à l'école postkeynésienne le petit livre de Marc Lavoie, Virginie Monvoisin et Jean-François Ponsot dans la collection La Découverte est excellent: L'économie post-Keynésienne
Tout naturellement, pour moi, un pays indépendant doit avoir sa banque centrale, sa monnaie et sa politique monétaire. En fait, plus le danger est grand sur le plan commercial, plus les risques de pressions financières sont élevés, plus il est important de disposer d'une bonne marge d'autonomie monétaire. Pour René Lévesque, le maintien de la monnaie canadienne était une condition fondamentale de la réalisation du projet souverainiste par les Québécois. Le raisonnement était politique. C'est René Lévesque qui avait raison.
En rétrospective, qui des deux avaient vraiment raison ? Jacques Parizeau dans sa position initiale ou René Lévesque ?
Qu'esse qui arrive aux pays qui perdent leur souveraineté monétaire ?
En fait, si René Lévesque avait vécu assez longtemps pour voir les difficultés apportées par la monnaie unique en Europe il aurait sûrement changé d'idée. Particulièrement après la crise de 2008. Le sort de la Grèce, entre autres qui fut littéralement livré aux vautours et qui peine encore en 2023 à se sortir du marasme. D'ailleurs, plusieurs pays de l'Euro, privés de la marge de manœuvre additionnelle que procure la souveraineté monétaire, se retrouvent avec des difficultés assez importantes. Les pays d'Europe, se sont retrouvés un peu comme des provinces au Canada, mais sans véritable structure fédérale et sans les mécanismes de redistribution qui l'accompagne. Enfin, rien d'aussi complet. Entre autres, la péréquation et les taxes perçues par le fédéral et qui peuvent être utilisées pour des programmes au provincial (en santé entre autres) si le fédéral et le provincial parviennent à s'"entendre.Si vous voulez avoir plus de détails sur le sort de la Grèce et le comportement de bandits sadiques de la troïka (Banque Centrale Européenne, Commission Européenne et le FMI) je vous recommande le livre de Frédéric Farah L'Europe: La grande liquidation démocratique ou pour une vue fascinante de l'intérieur le livre de Yanis Varoufakis Conversations entre adultes.
Pour des pays qui possèdent leur propre monnaie (dans le sens de la MMT: monnais fiducière (avec taux de change flottant, etc...) celle-ci agit un peu comme une soupape de sûreté dans les échanges entre ces économies. Les dirigeants européens n'ont pas suffisamment tenu compte des aspects économiques propres à une union monétaire et du fait que l'Europe n'est pas nécessairement une zone monétaire optimale. Parmi les critères qui font qu'une région est une zone monétaire optimale, il y a la mobilité de la main-d' œuvre. C'est le genre de critères qui est typique de l'analyse économique néoclassique qui considère les êtres humains comme des abstractions pour lesquelles déménager et changer de pays ne pose pas de gros problèmes autres que la langue (la main-d' oeuvre est comme une espèce de fluide). À partir du moment où il y a une certaine standardisation pour la reconnaissance des compétences, déménager ne devrait pas être un problème si tout le monde parle la même langue. On abandonne notre famille et nos amis lorsqu'un choc asymétrique nous fait perdre notre emploi et on déménage dans un pays où l'impact du choc favorise notre type d'emploi. En pratique en Europe, on constate par contre que la main d'œuvre est peu mobile (voir ce rapport de la Commission européenne) et que ça prend des situations assez catastrophiques (comme en Grèce) pour obliger les gens à abandonner leur famille et leurs amis pour aller travailler dans un autre pays. Il est certain que le problème du grand nombre de langues très différentes en Europe jette un grand doute sur la possibilité pour celle-ci de devenir une zone monétaire optimale, mais il y a d'autres différences importantes entre les pays de l'Euro qui rendent la monnaie unique problématique comme le fait que certains pays (comme l'Allemagne) exportent massivement vers les pays en dehors de l'union comme la Chine.
On pourrais parler des critiques formulés par des économistes relativement
mainstreamcomme Paul Krugman qui apporte d'autres arguments contre l'idée d'union monétaire mais je vous recommande de lire l'article de Wikipédia qui est assez bon et qui fait une bonne synthèse.
Malgré ses "qualités", le Canada n'est pas non plus une zone monétaire idéale et certainement pas une zone optimale. Les chocs économiques ont souvent des effets asymétriques pour les différentes provinces. Par exemple, une augmentation de la demande de pétrole de l'ouest par les États-Unis fait monter la valeur du dollar canadien et fait baisser la demande pour les biens produits dans d'autres provinces. D'ailleurs comme je l'ai déjà mentionné, l'Europe a le même genre de problème avec l'Allemagne qui exporte beaucoup à l'extérieur de l'union et qui fait monter la valeur de l'Euro faisant du même coup baisser la demande pour les produits exportables, mais parfois moins attractifs des autres membres de l'Union Européenne.
Cependant les analyses les plus intéressantes du rôle de la monnais et de l'importance de la souveraineté monnétaire viennent des économistes post-keynésiens et de la MMT (
Modern Monetary Theory).
La MMT
Un des points de départs de l'argumentation de la MMT c'est l'équation de la balance sectorielOu sous une autre forme:
Cette équation est une équation comptable et donc elle est vrai par définition. Les composantes sont:
- (S - I) c'est l'épargne net du secteur privé
- (T - G) le solde budgétaire du gouvernement. En gros les taxes et les impôts, moins les dépenses (donc, le déficit quand la valeur est négative)
- CAB ou BOC ou (X - M + U) c'est le solde des opérations courantes plus le solde des revenues primaires et secondaires. Donc, les exportations de biens et services (X) moins les importations de biens et services (M) plus le solde des revenues primaires et secondaires (U).
Certains textes emploient l'acronyme FNI à la place de U et, en anglais, ça correspond je pense à "Financial Net Income", donc les revenus d'investissement à l'étranger, moins les revenus d'investissement de l'étranger chez nous.
Pour une raison mystérieuse plutôt que de présenté le solde des opérations courantes le graphique présente la courbe inverse (M - X) mais ce sont les deux autres courbes qui sont importantes visuellement (et qui sont pratiquement l'image mirroir l'une de l'autre). On voit entre autres la petite période pendant laquelle le déficit du gouvernement est passé autour de zéro. On voit également que, dans la même période, l'épargne net du secteur privé est passer dans le négatif. Donc, les dépenses du gouvernement représentent une bonne partie des revenus du secteur privé et ce de façon directe et indirecte.
Disons que pour simplifier, on raisonne à partir de l'équation et on remplace CAB par la balance commerciale (X - M) alors une façon pour l'épargne du secteur privé de ne pas tomber dans le négatif aurait pu être d'avoir un large excédent commercial. Mais l'excédent commercial (X - M) ne dépend pas seulement des qualités intrinsèques des produits et services produits au pays, il dépend également de la valeur relative des monnaies (la nôtre et celle du pays vers lequel on exporte). D'où l'importance d'avoir un certain contrôle sur la demande de notre monnaie (en contrôlant, entre autres, les taux d'intérêt). Si c'est un autre gouvernement qui contrôle notre monnaie, ça nous enlève un outil essentiel. Malheureusement notre planète étant une système fermé, tous les pays ne peuvent pas avoir un surplus de leur balance commercial.
Heureusement, il y a une autre composante de l'équation de la balance sectorielle qui peut ramener le privé dans le positif, c'est le solde budgétaire du gouvernement (déficit). L'apport important de la MMT c'est de montrer qu'un pays souverain monétairement n'est pas limité dans ses dépenses par les impôts et les taxes perçus, mais par les ressources réelles disponibles dans l'économie. Un pays qui contrôle sa monnaie peut mettre en place tous les programmes pour lesquels le financement peut se faire principalement en monnaie nationale et pour lesquels les ressources sont disponibles. Si le gouvernement dépense intelligemment il n'y a pas de gros risque d'inflation.
La grosse différence entre la MMT et les Postkeynésiens sur cette question de la monnaie se trouve au niveau de la collaboration entre la banque centrale et le gouvernement. Mais c'est une question qui peut se régler en définissant clairement les responsabilités de la banque centrale dès sa fondation.
Rappel: pour mon argument je me suis concentrer sur l'équation de la balance sectoriel avec X - M qui serait la courbe inverse et négative de ce qu'on vois sur le graphique (M - X). La partie visuelle vraiment importante du graphique elle, utilise les bonnes valeurs: (S - I) et (T - G).
Conclusion
C'est Jacques Parizeau et les dirigeants actuel du PQ qui avait/ont raison.Références
Pour une présentation à vol d'oiseaux sur la MMT cette conférence TED (en anglais) par Stephanie Kelton est excellente:Stephanie Kelton: The big myth of government deficit (TED talk)
Vous pouvez lire son livre également: Le Mythe du Déficit
Pour une vidéo en français sur la MMT il y a celle-ci MMT France
Pour une introduction assez facile d'approche à l'école postkeynésienne le petit livre de Marc Lavoie, Virginie Monvoisin et Jean-François Ponsot dans la collection La Découverte est excellent: L'économie post-Keynésienne
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