La sortie de Jerome H. Powell et l'indépendance des banques centrales

Le président de la Réserve Fédérale a fait une rare sortie cette semaine pour défendre l'indépendance de son institution (et essayer de sauver sa peau) suite aux pressions de "l'homme jaune" (Trump)
Évidemment, les opinions économiques de Trump n'ont aucune importance dans une argumentation sur la nécessité de diminuer les taux d'intérêt car Trump n'a aucune compréhension de l'économie. Par contre d'autres gens, dont certains irradient de compétence (et d'intelligence), ont critiqué la trop forte hausse des taux d'intérêt de la Fed. Si on ne veut pas donner dans la contreverse, on peut prendre un économiste orthodoxe comme Joseph Stiglitz (orthodoxe dissident dison). Je ne remettrais pas de liens sur ses conférences, mais voici un résumé:
Selon Joseph Stiglitz, l’inflation post-COVID est principalement due à des chocs d’offre (chaînes de production perturbées), à la hausse des prix de l’énergie et de l’alimentation liée à la guerre en Ukraine, et à l’augmentation des marges de certaines grandes entreprises, et non à une surchauffe de la demande ou à une hausse excessive des salaires.
Pour ce qui est de la réponse des banques centrales:
Les hausses de taux d’intérêt ne résolvent pas une inflation causée par des chocs d’offre. Elles risquent surtout de :
  • Freiner l’investissement
  • Entre autre pour corriger certains problèmes de chaines d'approvisionnements.
  • Augmenter le chômage
  • Pénaliser les ménages modestes
Il critique donc une réponse excessivement monétaire à un problème structurel et la trop forte hausse des taux d'intérêt.
Le professeur Stiglitz n'est pas le seul à tenir ce genre de discours. N'importe quel économiste qui n'est pas aveuglé par une doctrine monétaire conservatrice va conclure la même chose. Tout ce monde est également d'accord pour dire que les taux devaient monter, mais pas autant. C'est certain que des taux d'intérêt réels négatifs ne peuvent pas être un état permanent.
Dans le moment, les tarifs de Trump ont tendance à pousser un peu l'inflation à la hausse, alors la Réserve Fédérale va avoir tendance à maintenir les taux. Malheureusement c'est un peu comme un propriétaire qui trouve qu'il fait trop chaud dans son salon et va couper le fils d'Hydro-Québec dans sa cour. Il aurait pu prendre des mesures plus ciblées.
J'en ai parlé dans une publication précédente, mais reposons-nous la question : est-ce qu'une banque centrale doit être complètement indépendante du gouvernement ? Ma réponse à moi c'est : peut-être... surtout si le comité d'experts qui la dirige peut éviter la "pensée de groupe" et les biais idéologiques. Mais ce n'est pas évident. Les gens à la réserve fédérale ne sont pas des idiots. Ce sont des gens très intelligents et super diplômés. Mais ils ont tendance à travailler en vase clos et parce que les membres du comité d'experts ont des formations et des antécédents similaires, ils vont avoir tendance à souffrir d'aveuglement idéologique et à commettre des erreurs.
Si je fondais une nouvelle banque centrale, j'essaierais de minimiser ce genre de problèmes.
Si vous voulez lire sur le genre de danger qui menace les groupes dans leur prise de décisions, vous pouvez lire le livre de Olivier Sibony: "Vous allez commettre une terrible erreur" et/ou celui de Samuel Fitoussi: "Pourquoi les intellectuels se trompent" (qui est plutôt drôle) et finalement "Cessons d'être des moutons ! " de Reid Hastie, Cass R. Sunstein qui cible particulièrement les décisions par des groupes.
Bonne lecture !

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